La France doit-elle jouer un rôle de médiation entre Israël et le Hamas ?

Publié le par Site du Mouvement Démocrate de l'Aube



La bande de Gaza, territoire palestinien et enclave de 360 Km2 située à l’Ouest d’Israël, est en guerre depuis plus d’une semaine.


L’opération « Plomb durci » conduite par Israël dans la bande de Gaza pour neutraliser le Hamas (mouvement de résistance islamiste basé à Gaza) a atteint un degré de violence inouï qui rappelle ce qu’on avait observé lors de l’occupation des territoires palestiniens en 1967.


L’année 2008 avait pourtant fait naître des espoirs de paix au Proche Orient.


Grâce aux négociations conduites par l’Egypte, une trêve de 6 mois avait été conclue entre Israël et le Hamas. Cette trêve était entrée en vigueur le 19 juin 2008 et avait donné lieu à la libération de près de 400 prisonniers palestiniens par l’Etat hébreu en août puis en décembre 2008. La situation avait conduit le Président palestinien, faute d’avoir pu s’entendre avec le Hamas, à annoncer des élections législatives et présidentielles anticipées.


Le 19 décembre 2008, le Hamas annonce officiellement la fin de la trêve.


La branche armée du Hamas et du Djihad islamique revendiquent alors des tirs de roquettes et de mortier qui touchent Israël. La veille de Noël, ce sont 80 roquettes et obus de mortier qui s’abattent sur le sud de l’Etat hébreu.


Les représailles ne se font pas attendre : Tsahal, l’armée israélienne, déclenche le samedi 27 décembre des attaques aériennes massives contre les installations du Hamas. Avec le nombre de morts que l’on connaît du côté palestinien, des morts, selon l’Etat d’Israël, qui se trouvent essentiellement du côté des combattants du Hamas.


Samedi 3 janvier 2009 au soir, l’armée israélienne commence son attaque terrestre dans la bande de Gaza.

Depuis la reprise des combats au Proche Orient, des protestations éclatent ici et là dans le monde : manifestations pro israéliennes face aux provocations du Hamas, manifestations pro palestiniennes face à la violence des combats menés par Israël .


Pour mieux comprendre la situation à Gaza, il serait naturellement intéressant de revenir sur les racines de ce conflit qui se nourrit des ranc

œurs et des frustrations nées après la deuxième guerre mondiale ; des frustrations qui se sont plusieurs fois exprimées dans la dernière moitié du siècle dernier, qui perdurent aujourd’hui et qui évoluent jusque dans la haine. Mais tel n’est pas l’objet de mon propos aujourd’hui. Dans le contexte actuel où les conflits sont susceptibles de mondialisation compte tenu des mouvements de population sur la planète, prendre parti pour l’un ou l’autre des protagonistes peut relever de l’imprudence.

A l’instant, se pose plutôt pour moi la question du bien fondé pour la France de se placer en médiateur dans ce conflit. La France doit-elle jouer aujourd’hui un rôle diplomatique de façon isolée au Proche Orient ?


Plusieurs éléments me conduisent à répondre par la négative :

La légitimité, d’abord. Quelle est la légitimité de la France dans un rôle de médiation auprès des dirigeants des pays concernés par le conflit? On nous dit que la France est autant l’amie d’Israël qu’elle est l’amie de la Palestine. On nous dit que c’est à ce titre que notre Président fait le tour des capitales arabes. Peut-être. Mais la France est-elle le seul pays à pouvoir revendiquer une amitié avec les deux protagonistes ? Et cela est-il suffisant pour faire autorité dans un contexte aussi grave et aussi sensible?

La place de l’Europe, ensuite. En effet, si la gestion de la crise monétaire a été l’occasion bien sentie de donner enfin à l’Europe une vraie place et de lui offrir une réelle crédibilité au plan international face aux Etats Unis, n’y avait-il pas dans la crise au Moyen Orient une autre opportunité à saisir pour donner à l’Europe une nouvelle dimension? Celle de partenaire dans la compréhension et dans la régulation de l’ordre du monde. Celle de partenaire reconnu de tous aux côtés de l’habituel et unique arbitre américain ? Mais encore eût-il fallu accepter que la France, qui venait de quitter la présidence européenne, accepte de s’effacer et de laisser la place. Une occasion ratée pour l’Europe. A qui profite le « crime » ?

La place de l’Allemagne, aussi. Dans un conflit qui met en scène l’Etat d’Israël, l’Allemagne en proie à ses démons passés pas encore oubliés et dont les juifs ont eu à connaître, l’Allemagne a-t-elle la force ou le recul nécessaire pour prendre une quelconque place dans une médiation au Proche Orient ? Si la France joue un rôle dans le conflit au Proche Orient, comment l’Allemagne, tétanisée et incapable affectivement d’agir, peut-elle vivre pleinement sa place au sein de l’Europe et à nos côtés ? Ce point là ne méritait-il pas d’être pris en considération avant toute démarche française un tant soit peu « perso »?

La question des communautés, enfin. Depuis le début du conflit à Gaza, les manifestations ont été nombreuses en France, mais aussi ailleurs dans le monde. Des manifestations violentes parfois, tantôt pro israéliennes, et tantôt pro palestiniennes. Ceci n’invitait-il pas à la plus grande prudence ? Ceci n’était-il pas de nature à laisser impérativement le champ de cette diplomatie là aux organismes mandatés pour cela ? On nous dira que l’ONU échouait. On nous dira que la « troïka européenne » ne réussissait pas. Lui en a-t-on laissé le temps avant d’intervenir ? Il me semble bien que « la troïka européenne » et la délégation française sont arrivées ensemble sur place ! Et quel résultat pourrait-on attendre de la France seule ? On ne peut tout de même pas comparer avec la libération des infirmières bulgares … ! Dans ce type de situation, il est sans doute sage de rester modeste pour la sécurité de tous.


Alors oui, bien sûr. L’arrivée prochaine de Barack OBAMA au pouvoir, et la Présidence de l’Europe assurée par le Président tchèque, relèguent la France au second plan sur la scène internationale. Mais ces deux éléments ne peuvent probablement pas être pris en considération dans le choix fait par la France d’intervenir en médiateur, et sans mandat, au Proche Orient …( ?)


Aujourd’hui , des protestations s’élèvent et commencent à se faire entendre ici et là ; certains pointent l’intervention française qui nous expose face à des comportements qui pourraient être de plus en plus exacerbés. « Il ne faut pas importer le conflit en France » a-t-on pu lire récemment.

Certes. Nous sommes tous d’accord.


Sur ce sujet là, en effet, il y a matière à avancer prudemment. Sur ce sujet là, en effet, il y a matière à agir sans agitation, et avec modestie… Ne jouons pas avec le feu !


Marie GRAFTEAUX-PAILLARD

Vice Présidente du MODEM Aube

 

 

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