Pourquoi la réintégration est une erreur stratégique

La création de l’OTAN après la seconde guerre mondiale permettait de faire face à la menace soviétique et au pacte de Varsovie. Cette structure avait donc toute sa légitimité. En 1966, le Général de Gaulle prend la décision de quitter le commandement intégré de l’OTAN. Cette décision de la France fait suite aux refus répétés des Etats Unis de partager le pouvoir à l’intérieur de l’organisation.
Depuis plus de 40 ans la situation n’a pas changé sur le fond, hormis deux petits commandements promis par B. Obama depuis son élection. On peut espérer que ce n’est pas en échange de ces deux strapontins que N. Sarkozy a décidé la réintégration.
Pourtant ce n’est pas faute d’avoir engagé la discussion et les négociations avec Washington.
En 1995, J. Chirac et A. Juppé ont essayé de rapprocher les points de vue de la France et des Etats Unis. Sans succès. Pourtant les deux conditions posées étaient légitimes :
- obtenir un partage équitable des responsabilités (commandement entre américains et européens)
- obtenir de nos partenaires européens le lancement d’une Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD)
Cela impliquait une réelle volonté des européens mais aussi la levée de la réserve, voire du véto américain.
Ces conditions n’ont pas pu être réunies.
En 1998, à Saint Malo, J. Chirac et T. Blair font une déclaration commune « L’Union Européenne doit avoir une capacité autonome d’action appuyée sur des forces militaires crédibles, avec les moyens de les utiliser et en étant prête à le faire afin de répondre aux crises internationales ». C’est un véritable tournant historique. Cela a contribué dans les années qui ont suivies à mettre en place des structures communes. En 2003, l’Union Européenne a adopté sa stratégie de défense. Cela a aussi permis de développer des missions sur des théâtres extérieurs.
Les conditions à minima posées en 1995 sont elles aujourd’hui remplies ? Ce qui pouvait sur ces bases, poser la condition de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. En effet, si ces conditions étaient remplies la question devenait légitime et le débat méritait d’avoir lieu.
Alors, la nouvelle administration américaine était-elle prête à accepter de partager réellement les responsabilités militaires au sein de l’alliance ? Que les européens puissent avoir des commandements d’égal importance à ceux exercés par les généraux américains ? Malheureusement sur ces deux points nous n’avons obtenu aucune garantie.
Quant à la question de la défense européenne, nous voyons bien que le chemin va être encore long et parsemé d’embûches. Les européens ont encore besoin de temps pour construire une défense européenne crédible. Faut-il rappeler qu’en 1999, à Helsinki nous nous étions fixés l’objectif de constituer une force de réaction rapide européenne capable de déployer 60 000 hommes en 60 jours et pour une durée d’au moins 1 an. 10 ans après nous n’y sommes pas encore parvenus pour la simple raison qu’au sein de l’Union nous n’avons pas tous les mêmes ambitions.
On pourrait d’ailleurs se poser la question de savoir si la France à encore des ambitions. Car réintégrer l’OTAN c’est reconnaitre implicitement que l’on abandonne toute ambition d’une construction de défense européenne digne de ce nom, capable de porter haut et fort la voix de l’Europe dans le monde. Une voix originale, libre, différente de celle de nos partenaires américains. Cette voix est pourtant indispensable car je pense qu’il n’y a pas un monde occidental mais deux. Représenté d’une part par les Etats Unis d’Amérique (le nouveau monde) qui ont leur propre vision du monde symbolisée par « le choc des civilisations », cher à G. Bush et dont l’administration américaine est encore imprégnée, et d’autre part l’Europe (la vieille europe) avec son histoire et ses valeurs. L’Europe des Lumières, l’Europe humaniste, l’Europe qui peut faire entendre une voix différente dans le concert mondial.
En réintégrant le commandement intégré la France a fait le choix de l’alignement, entrainant avec elle l’Europe dans le renoncement à une véritable politique de défense européenne.
Enfin, en utilisant l’article 49-3 de la constitution, donc en engageant sa responsabilité sur sa politique étrangère et non pas sur la question de l’OTAN, le gouvernement a confisqué le débat de fonds qui aurait pu avoir lieu au parlement.
En plus d’une erreur stratégique, le gouvernement a commis une faute politique lourde.
Avec cette décision, il remet en cause le principe selon lequel la politique de défense européenne se plaide à Bruxelles et non pas à Washington.
Pascal Landréat
Président du Mouvement Démocrate de l’Aube