Modem, ni droite, ni gauche - par Christian Lambart
Modem, ni droite, ni gauche.
Où sommes-nous ?
Quelle posture ?
Les élections municipales viennent de se terminer. On a entendu beaucoup de choses sur nos positions. Nous sommes de gauche pour les gens de droite, de droite pour les gens de gauche, nulle part pour beaucoup. Il est vrai que notre ligne politique n’apparaît pas très clairement pour l’opinion habituée à un clivage droite ou gauche, formatée à un paysage politique divisé en deux. La droite, la gauche et c’est tout, en dehors de cela point de salut. Pourtant les attaques lancées contre le Modem montrent qu’ils ne sont pas indifférents à notre message. On n’est attaqué que lorsque l’on est reconnu.
Il est vrai que malgré nos racines anciennes (que nombre de nos adversaires s’acharnent à faire disparaître) nous n’avons pas véritablement de culture politique et nous apparaissons comme un mouvement hétérogène. De plus les médias n’apportent qu’une analyse partielle des élections municipales. L’essentiel étant qu’il y ait un vainqueur parmi des deux grands partis.
Pourtant le Modem a réussi à poser des valeurs communes telles la démocratie participative, le réformisme social et la protection des défavorisés. Mais nous sommes apparus écartelés alors que notre vocation est d’être une force qui fédère. Il est vrai que nous avions besoin d’un réseau d’élus pour soutenir nos militants, il fallait en payer le prix mais nous devons redonner de la visibilité. Aujourd’hui, il semble nécessaire d’entamer un travail de clarification et surtout de rappeler que nos négociations municipales ne sont pas pires que les tractations et ralliements alimentaires de nos adversaires.
Le Mouvement Démocrate s’inscrit dans une démarche difficile et de longue durée. Il est à la confluence de la Démocratie chrétienne, du Gaullisme et du Radicalisme. La Démocratie Chrétienne représente la recherche d’un compromis acceptable entre le marché et les valeurs humanistes. Le Gaullisme incarne un esprit de Résistance au règne de l’argent et à l’alignement aux Etats-Unis. Le Radicalisme impose la défense des Valeurs républicaines.
Avant toutes choses, puisque nous avons entamé un travail de longue haleine. Une démarche compatible avec l’idée de démocratie participative, de recherche du meilleur compromis qui semble s’imposer. Le projet est consubstantiel à la démocratie.
Nous devons rappeler que l’histoire politique est jalonnée de ralliements, de négociations et de compromis.
Enfin, un appel à tous les centristes est nécessaire pour leur rappeler que nous appartenons à la grande famille du Centre et que nous avons vocation à nous réunir malgré nos différences et que les critiques doivent rester empruntes de respect. Il n’y a de richesses que dans la diversité et non dans la soumission. Le Modem doit être une alternative permanente.
Un idéal démocratique
Rappel citoyen
Le Mouvement démocrate s’inscrit dans l’histoire de la démocratie. Il convient de rappeler que la naissance de la démocratie se fait dans un contexte local assez proche d’un contexte municipal.
A l’origine, la démocratie athénienne s’organise dans un cadre restreint. Les hommes seuls participent à l’ECCLESIA. Très tôt les défauts de la Démocratie apparurent. On vit se constituer des groupes d’élus à l’intérêt partisan. D’autres enfin, les Démagogues, purent monopoliser le pouvoir par l’utilisation d’une parole habile. Avec la mise en place des grands empires (Alexandre, Rome) la démocratie connaît une éclipse. Cependant, dans les provinces éloignées une certaine indépendance régnait, les capacités techniques des pouvoirs centraux étant largement dépassées. Les responsabilités locales étant souvent assumées par de grands propriétaires qui finançaient de leurs deniers les infrastructures nécessaires. On appelait cette forme d’action l’Evergétisme, ainsi on pouvait parler de charge au sens propre du terme.
Le Haut moyen âge voit apparaître des principautés rurales où la démocratie est absente. Cependant les villes s’enrichissent par le développement du commerce et s’opposent aux pouvoirs des grands Princes, Rois et Seigneurs. Elles arrachent des franchises où elles obtiennent le droit de s’administrer, d’élire leurs magistrats. Les grandes familles bourgeoises se constituent en oligarchie et contrôlent le pouvoir urbain.
C’est avec la Révolution française que s’impose le principe électif dans les communes, dans les districts et les départements. Toutefois l’excès de démocratie locale a eu des effets dévastateurs qui conduisirent la Convention à désigner des représentants en mission.
Après les éclipses du XIX siècle, en France, il faudra attendre la IIIe République et les lois de 1884 pour qu’une vraie démocratie locale se mette en place. Tandis que la décentralisation devient la volonté affirmée du XXe siècle avec le processus de régionalisation du premier découpage régional de 1956 aux lois de décentralisation de 1982. L’échelon local est donc le premier contact (historique et physique) entre les citoyens et la Démocratie.
La présence du Centre
C’est localement que les centristes ont des chances d’être présents, mais là ou les populations aspirent à un pouvoir de caractère arbitral et modéré. Le Centre est souvent considéré comme l’expression des Notables de province, pourtant si l’on parcourt l’histoire politique française la réalité est différente. Plusieurs périodes furent marquées par la présence des modérés. Ainsi Thermidor, le Directoire, le Consulat en ses débuts furent marqués par un retour au Centre. Non sans oublier la Monarchie de Juillet et même le Second Empire. Napoléon III était bien à gauche de cette droite et nous lui devons le droit de grève, le suffrage universel et la constitution parlementaire de 1870. La IIIe République abusait du terme conjonction des Centres voire de concentration républicaine. Le Centre représenta la force de compromis qui a permis l’installation de la démocratie et de la République. Il est le trait caractéristique de la vie politique française. Il a permis le compromis entre des forces en apparence inconciliables. Aucune des grandes avancées ne furent possibles sans la présence d’un homme d’Etat percevant la nécessité d’un compromis, d’une position centrale. Georges Pompidou, lui-même, affirmait lorsqu’il était Premier ministre : « Si, au contraire, être au centre, cela veut dire tenir compte des besoins, des nécessités, des aspirations, si cela veut dire faire la part de la nécessité du mouvement et de la mutation qui est évidente en France et, en même temps, de la nécessité de ne pas tout détruire dans un pays ancien qui a tout de même accumulé beaucoup de biens intellectuels, moraux et matériels, alors oui, je suis au centre »(3 juin 1966, Paris-Presse)
Pourtant l’audience reste limitée et peu payante électoralement, contrairement à ce que disait le président Valéry Giscard d’Estaing : « La France aspire à être gouvernée au Centre ». Il y a longtemps que les Centristes ne gagnent plus les élections. La responsabilité de cette situation tient au scrutin majoritaire portant au pouvoir les grandes formations porteuses de messages à vocation universelle, mais n’est ce pas une justification simpliste propre à faire porter nos échecs à un système et non à nos stratégies et messages souvent opaques à l’opinion. On ne peut gagner que si notre message est compris par l’ensemble de la population.
Un vrai projet
Il y a nécessité à définir un message fort et porté par un Chef clairement identifié. Cela est possible aujourd’hui, François Bayrou porte ce message. Enfin les projets des grandes formations n’ont plus vraiment de messages transcendants. Les deux grandes formations ne se réfèrent plus vraiment à un corpus idéologique. Que reste-t-il du Gaullisme à l’UMP ? Qu’est devenu le socialisme aujourd’hui ?
La société française est en panne de projet de société. Les repères traditionnels ont été gommés sous les effets combinés de la modernité et de nos héritages. D’une manière générale, en France, il faut faire la synthèse entre le socialisme, le gaullisme national, le christianisme social et la notion républicaine de progrès. Le Modem propose un début de cohérence et un parti de militants. Jusque là, être centriste, était plutôt une pratique, un comportement, mais il n’y avait pas de doctrine, ni même d’adhérents motivés. Pire le Centre se présentait comme une nébuleuse de formations dont les noms changeaient souvent. Depuis les années 1950, on trouve le MRP, le Centre démocrate, le CNIP, les Républicains Indépendants, le Parti Démocrate, la Démocratie libérale (liste non exhaustive). Ces formations n’avaient pas forcément une base militante représentative de la société et leurs effectifs restaient faibles.
Or un comportement de refus des extrêmes qui associe projet et éducation est un engagement essentiel pour l’avenir de notre pays. En effet, si une société ne se bat plus sur les valeurs, elle laisse la place aux extrémismes. La tolérance est remplacée pas le relativisme. Les élections se gagnent sur des étiquettes, la propagande et/ou la manipulation émotionnelle. Les projets disparaissent. Ainsi, le Modem propose, ni plus, ni moins de revisiter le civisme et la démocratie.
Il faut proposer une ligne politique claire dont la finalité est la gestion des différences, le maintien de la paix. Nous devons inciter au dialogue, écouter, et éviter les exclusions. La société a droit au sens, à l’affectivité entre ses membres. Les citoyens sont en droit d’exiger la vérité, la protection des plus faibles, la sincérité, l’humilité des détenteurs des charges électives. Tout citoyen est en devoir de tenter de se l’appliquer à lui-même. La démocratie dépend des citoyens qui l’animent. Nous sommes européens, démocrates, républicains et partisans de l’action sociale par la réforme. L’humanisme est le moteur de notre action et il passe avant l’argent, les idéologies et l’esprit de parti.
Ainsi, savoir qui nous sommes, avoir connaissance du fonctionnement de la société car pour dire « je », il faut connaître, se connaître.
Nous aurons intérêt à développer notre formation interne en direction de nos militants, nos candidats et nos élus. Il nous faut également approfondir notre vision européenne.
L’idée européenne
Il nous faut intégrer l’Europe dans tous nos discours d’autant que les Français n’ont pas une claire conscience de l’impact que celle-ci représente sur leur quotidien. Le combat européen est en effet le plus grand combat qu’une formation politique puisse mener aujourd’hui. Face aux inepties entendues, il faut rappeler que pour beaucoup, l’Europe est un marché et non une citoyenneté et n’a aucune identité collective.
Le problème est complexe et nous touchons là les limites d’un choix uniquement économique avec un investissement secondaire dans le culturel. Or l’Europe ne peut-être que culturelle. Notre continent n’a pas d’entité géographique. C’est Pierre le grand qui fixe, au XVIIe siècle, pour des raisons politiques, la limite continentale à l’Oural. Or, notre continent est traversé par des héritages multiples laissés par l’histoire. Nous sommes Gréco-romains, chrétiens depuis l’antiquité et germains depuis les grandes invasions. Nous assumons aussi l’humanisme de la Renaissance, la présence Ottomane et les différents nationalismes du XIXe et du XXe siècle. La guerre froide a également laissé des traces. Chacune de ces influences se déclinant elles-mêmes en une infinité de variétés. Le christianisme et ses différentes composantes ne sont que des exemples parmi tant d’autres.
Aujourd’hui, c’est un espace varié où les cultures et les religions se côtoient. La diversité est la règle. Il n’y a ni unité, ni désir de vivre en semble. Le problème turc n’est qu’un révélateur de ce phénomène de diversité et l’incompréhension de celle-ci. Il n’y a pas de citoyenneté européenne hormis les valeurs démocratiques et le libéralisme économique. C’est une limite négative. Comme il n’y a pas d’égalité économique entre les pays cela engendre des frustrations, des jalousies et au-delà la haine. Les résistances aux nationalismes ou régionalismes sont donc faibles. Il est clair que les violences nationalistes qui ont eu lieu dans les Balkans n’ont pas créé de réelles inquiétudes dans les sociétés occidentales. D’ailleurs ceux qui votent le font sur des thèmes nationaux. Le but commun semble flou. L’Europe s’élargissant donne l’impression « d’avancer pour avancer » sans réel but commun.
Nous devons travailler sur l’identité culturelle européenne. Celle-ci est une ouverture, un processus et une mise en relation des connaissances. Ouvrir un musée n’est qu’un acte de bonne conscience s’il n’a pas de sens. Aucune fermeture ne rend service aux nations. Il faut apprendre à accepter la diversité avant de proposer des projets fédéralistes ou autres.
La recherche du compromis.
Celui qui analyse les évolutions politiques de notre pays sait très bien que les positionnements politiques dépendent des conjonctures. Depuis la Révolution française, Il existe aussi un mouvement de balancier qui va de la Gauche à la droite. Autrefois les Libéraux étaient à Gauche de l’Assemblée, à l’époque du printemps des Peuples, les nationalistes étaient à Gauche et portaient un idéal de liberté et de générosité. Enfin, sous la III République, les Radicaux, après avoir été à Gauche se retrouvèrent au Centre et de 1920 à 1938, ils oscillèrent entre des Unions de la Gauche et des gouvernements d’Union nationale.
La vérité assumée
En cela, le Modem est novateur car il assume la réalité de la vie politique. Il met fin aux hypocrisies d’appareil et aux fausses vérités dogmatiques, Clemenceau rejetait ces vérités et refusait pour cela toute appartenance à un parti (y compris le Parti Radical) : « Le parti unique, la dictature d’une minorité, d’un organisme qui prétend, par suite de quelques concepts, à ses yeux métaphysiques, en tout cas dogmatiques, avoir raison en toutes circonstances, y compris contre le peuple ». La stratégie d’ouverture du Modem ne se conçoit pas comme un ralliement électoral, ni même de circonstance. C’est un projet, une synergie nécessaire car quand l’ouverture cède le pas au conservatisme d’appareil, c’est la mort annoncée.
Pour cela, le Modem dérange car il met clairement les électeurs au courant des tractations politiques. Il déboussole les caciques qui se lancent dans des négociations contre nature. Il oblige les deux ennemis traditionnels à s’entendre. Les vieux partis livrent un combat d’arrière garde car la demande existe, elle est novatrice et s’oppose donc au conservatisme. Le Modem n’est pas de Gauche, pas de Droite, c’est la rencontre de la société civile et de la vie politique. Il n’y a que les candidats Modem qui se refusent au « Tout est possible » qui fut, il faut le rappeler un des slogans du Front Populaire de 1936. Le Modem n’évoque pas la réforme en paroles, il est la Réforme.
Mais la tâche est difficile. Il faut fixer le devoir à accomplir, la démarche à tenir. Aujourd’hui, on évoque la perte des repères et la désaffection de la population pour la vie politique mais quand le peuple ne se reconnaît plus dans ceux qui sont censés le représenter ce n’est peut-être que la traduction d’une nouvelle sagesse. Il est trop facile de crier à l’incivisme et à l’individualisme.
Nous devons affirmer notre refus du libéralisme dans la mesure où il s’oppose au développement humain. Sans contradiction, il faut accepter le marché car il crée la richesse et entraîne la société vers le haut. C’est le compromis dans le respect de la légalité républicaine.
La priorité est désormais d’aller sur le terrain, de développer un programme et un projet de société. Nous sommes aidés pour cela par la charte des valeurs adoptées au congrès de Villepinte.
L’appel à tous.
Etre Centriste
C’est vouloir : « …construire la meilleure société possible en regard du monde qui nous entoure et avec lucidité, c'est-à-dire avec pragmatisme, responsabilité et humanisme, dans la liberté, le respect, la solidarité et la tolérance, afin de donner à chacun le maximum de ce qu’il puisse obtenir tout en respectant le choix des autres dans le cadre d’un lien social où tout ce qui enrichit l’un, enrichit l’autre et inversement »( http://www.centrisme.free.fr/)
Chaque être humain doit trouver sa place dans une société en perpétuel mouvement. Il doit pouvoir se référer à des valeurs communes transcendant la diversité et la liberté individuelle. Nous savons aujourd’hui que les acquis sociaux ne sont plus intouchables. Pourtant, il faudra bien être vigilant afin que les citoyens puissent avoir accès à la sécurité, au savoir, aux soins médicaux, à un logement décent, à un emploi et à une retraite digne. Sans oublier que ces accès sont des impératifs ( des droits) pour les enfants et les plus faibles. Le pragmatisme d’aujourd’hui, c’est aussi de comprendre que ces accès ont des coûts et que les étendre sans réflexion (ou par démagogie) c’est aussi les mettre en danger. Être centriste est une attitude autant qu’un engagement.
Quelle place aujourd’hui ?
Comment dire ? Face à l’opinion, les Centristes ont toujours présenté une image ambigüe. D’autant que la Vème République et son système électoral favorisent les grands partis et une vision binaire de la politique. Cependant la place et l’électorat existent.
Le Centrisme apparaît plus comme un courant hétérogène, traversé par des mouvements divers. Souvent considéré comme des supplétifs du grand parti de droite. Tous sont européens, pour la démocratie participative, pour le réformisme social. Cependant on distingue les héritiers des démocrates chrétiens (MRP) effrayés par le communisme et réticents au socialisme et les héritiers du Radicalisme que les socialistes n’effraient pas.
Déjà en 1965, Gaston Deferre avait tenté une grande fédération qui échoua. Les années 1970 virent les Centristes se diviser sur la question du ralliement au Gaullisme refusé par Jean Lecanuet et accepté par une aile gestionnaire (Jacques Duhamel). Valéry Giscard d’Estaing réussit un tour de force en créant l’UDF. Toutefois, il n’est pas faux de dire que les combats pour l’unité, pour la participation ou non au gouvernement de droite appartiennent à l’histoire du Mouvement.
Aujourd’hui, la situation a changé. Le Parti communiste n’est plus la grande force de gauche et le Parti socialiste, bien que solide, doit revisiter sa doctrine, ses stratégies et surmonter ses rivalités internes. Réussira-t-il ? La réponse lui appartient. Autre aspect ayant changé, c’est le problème de la laïcité et de la réalité du christianisme. Les Chrétiens d’aujourd’hui sont majoritairement des défenseurs des valeurs de la République et beaucoup se situent loin des idéaux conservateurs. Le problème religieux ne semble constituer qu’une barrière fragile tenant plus de l’habitude et du réflexe que de la réalité. Il est temps de le dépasser dans le respect et la modération quelque soi les confessions. Notre pays, du reste, tend à devenir multiconfessionnel, ainsi la laïcité est devenue une barrière protectrice et pour tout le monde. La question du religieux et de la laïcité ne doivent plus être analysés au prisme des réflexes hérités du XXe siècle.
La famille centriste dispose d’un espace inespéré pour refonder un grand parti de gouvernement à condition de réaliser un corps de doctrine cohérent et unificateur. Il lui faut également incarner une dynamique politique et une vision d’avenir.
Il n’est pas impossible que la population finisse pas être déboussolée par les alternances stériles, mais en attendant elle se raccroche au connu.
Le malheur du centre.
Souvent les synthèses réalisées pour le bien du pays furent souvent assimilées à des politiques de droite et/ou de gauche. Or le radicalisme de la IIIe République a mis en place une pratique centriste du pouvoir, en intégrant le respect des institutions, le réformisme social et la protection de l’individu. Cependant cette politique fut considérée comme de Gauche car les lignes politiques se définissaient autour des questions de laïcité et de l’idée républicaine. Cette même problématique de la laïcité a mis a mal le MRP qui fut l’épine dorsale de la IVe République.
C’est pout cela qu’il faut œuvrer sur une ouverture à tous les centristes et modérés. Le Modem doit proposer de dépasser le vieux clivage « centre gauche/centre droit » qui traverse le centrisme. Clivage instinctif lié aux héritages du Radicalisme et de la Démocratie chrétienne, mais qui ne s’accroche plus vraiment à une réalité sociologique.
Comment se situer dans un projet fédérateur si nous ne parvenons pas à rallier ceux qui sont les plus proches de nous. Il y a plus de points communs (engagement européen, réformisme social et acceptation du marché) que de différences avec les modérés. Même si certains raisonnent en termes d’efficacité électorale dans le cadre d’un scrutin majoritaire, il faut (re)construire un vrai parti centriste fédérant la diversité de la société d’aujourd’hui, au-delà des idéologies et des confessions. C’est la vocation du Mouvement démocrate. En attendant le respect des personnes s’impose. Le débat doit s’ouvrir dans la sérénité. Il est vrai que le système électoral français limite la progression. Les élections à scrutin proportionnel (régionales et européennes) permettront de mesurer l’impact dans l’opinion mais la percée sera longue.
Le Modem est en train de réussir à exister et son réseau d’élus et ses militants pourront amplifier le discours. A défaut d’un réseau d’élu important, il faut constituer un réseau associatif puissant embrassant tous les champs de la société. Il nous faut investir positivement l’environnement, le logement, la circulation douce, l’aide aux personnes en difficulté, la mémoire. C'est-à-dire tous les champs de la société.
Dans tous les cas nous disposons du plus précieux des trésors. C’est le don de vouloir et de faire. Il nous faut travailler sur le fond. Le mouvement des idées prépare la vraie rupture. Celle des mentalités. Après, celle-ci s’imposera une réflexion et un compromis car il faudra accompagner la mutation sociale. C’est donc un combat purement politique. La politique est l’unique domaine commun, l’économique est du domaine privé alors qu’aujourd’hui l’économique occupe, par défaut, une grande partie de l’espace public.
Les attaques contre les hommes et le président de la République ne me semblent pas une bonne chose. Nous pouvons évidemment porter un jugement, s’opposer à des décisions, faire valoir notre droit démocratique, mais au nom d’un projet. A cela, je propose d’abandonner aux partis traditionnels les petits mots, les petites phrases assassines.
Il faut proposer le « Faire autrement ». Il faut redonner confiance, ne promettre que le possible. Pour innover, la pensée doit faire une association improbable, un coup de poésie qui surprend et éveille. La certitude est une anti pensée, une litanie intellectuelle. Pour exister, nous sommes condamnés à marquer notre différence.
« Construire un projet alternatif, de justice, de valeurs, de développement humain. Il faut construire un projet de résistance ». (F.Bayrou)
« Le centre a changé de visage. Hier, il était la recherche éperdue d’un compromis et une simple variante de la droite. Aujourd’hui il a renoué avec sa vocation, capable de dire non à toutes les pressions d’où qu’elles viennent, et porteur d’un projet qui ne ressembla à aucun autre, par ses idées et par la pratique. » (Discours de François Bayrou au congrès de l’UDF à Paris en 2005).
Christian Lambart