Bayrou crée le MoDem, "seule nouveauté" du paysage politique
VILLEPINTE, Seine-Saint-Denis (Reuters) - La création du Mouvement démocrate constitue la seule nouveauté du paysage politique français et s'immisce entre "les impasses" que sont l'UMP et le Parti socialiste, estime François Bayrou.
"Il se trouve que la création du mouvement démocrate que nous sommes en train de vivre représente le seul élément de nouveauté du paysage politique français", a déclaré le député béarnais à l'ouverture du congrès fondateur du MoDem, samedi au parc des Expositions de Villepinte, près de Paris.
Pour le très probable futur président du MoDem, le nouveau parti est une façon d'échapper à "deux impasses".
Il s'immisce "entre le pouvoir actuel dont beaucoup commencent à mesurer que les promesses qu'il avait faites sont très éloignées des réalités" et "dont les valeurs méritent discussion", et un Parti socialiste qui dispose "d'un puissant réseau d'élus mais n'a plus de message compréhensible pour la société française".
Le MoDem ne sera "pas un parti à courants parce que dans les partis à courants, la guerre est interne au lieu de voir les combats agir à l'extérieur", a dit François Bayrou, un oeil rivé sur les querelles internes du Parti socialiste.
"Tout le monde ici a droit à la parole mais nous récusons le bazar", a-t-il prévenu.
Les congressistes ont mis vendredi un point final à 30 ans d'UDF, parti créé en 1978 par l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing. "A dater du 1er décembre 2007, tout adhérent de l'UDF est adhérent du Mouvement démocrate", peut-on lire dans la résolution adoptée à main levée.
"Je n'ai rien oublié de ce que nous avons vécu ensemble. Mais il faut changer pour vivre", déclarait François Bayrou vendredi.
"LE MODEM DÉRANGE"
A l'approche du congrès, les critiques ont fusé contre le député des Pyrénées-Atlantiques, accusé de s'être isolé et de n'avoir pas su faire fructifier sa troisième place au premier tour de l'élection présidentielle (18,6% des voix).
Nombre de ses anciens disciples ont rejoint le Nouveau centre rallié à Nicolas Sarkozy. Dernière défection en date : Jean-Marie Cavada, qui conduira une liste soutenue par l'UMP dans le XIIe arrondissement de Paris aux municipales.
François Bayrou y compris, l'UDF-MoDem n'a fait élire que quatre députés et les observateurs prédisent à sa formation des municipales difficiles.
"Si nous étions insignifiants, nous ne serions pas critiqués. Nous sommes en plein sarkozisme, c'est-à-dire une espèce d'absolutisme médiatique qui veut tout ramener à la personne du monarque. C'est une régression démocratique grave", a déclaré à Reuters un militant, Philippe Brachet.
"Dire que François Bayrou est un homme seul, c'est quand même paradoxal, étant donné qu'il va y avoir plus de 60.000 adhérents au MoDem", a ajouté le politologue, qui vit entre Paris et le Beaujolais.
Pour le député européen Philippe Morillon, un fidèle de François Bayrou, le MoDem "dérange, donc on débauche, on agite".
"Dans une vie antérieure, on disait qu'il y avait trois façons de servir : servir dans un régiment, servir un régiment ou se servir d'un régiment", a ajouté le général, qui dirigea les casques bleus en Bosnie.
"J'ai félicité François Bayrou de ne pas avoir choisi de se servir de l'UDF, sinon il serait aujourd'hui à Matignon mais nous ne serions pas là", a estimé Philippe Morillon.
Les quelque 4.000 militants réunis à Villepinte ont examiné samedi, dans une ambiance studieuse, les statuts du parti, pour lesquels 83 amendements ont été déposés. Ils devaient débattre ensuite de divers thèmes d'actualité : banlieues, pouvoir d'achat, développement durable, liberté de la presse.
Un vote à bulletins secrets visant à élire le président du MoDem, pour lequel François Bayrou est l'unique candidat, était prévu dans l'après-midi.