La permanence des soins en milieu rural par Christian Lasvigne

Publié le par Site du Mouvement Démocrate de l'Aube

ATTENTION, URGENCE !

Le sujet de la permanence des soins en milieu rural et donc, pour ce qui nous concerne, pour le « Pays Plaine Champagne », a trop d’importance pour ne pas y revenir dès maintenant.

L’organisation du système de gardes et astreintes médicales pour 2009 m’a été confiée par mes confrères et pose d’emblée un problème. Il y a deux ans, ce système incluait onze médecins ; nous serons huit dans trois mois. Cela signifie une surcharge de travail et de contraintes personnelles : celles-là mêmes qui font que presqu’aucun jeune médecin n’accepte actuellement de s’installer en campagne.

Je rappelle les autres obstacles au renouvellement des générations en médecine rurale :

         - les difficultés pour les conjoints de trouver un travail en rapport avec leurs qualifications, souvent de haut niveau

        - l’attrait indiscutable des grandes villes pour la vie culturelle et les études des enfants

       - la féminisation massive (plus de 50%) du corps médical, ce qui est une indiscutable avancée sociétale, mais qui entraîne une diminution de disponibilité de nos consœurs qui revendiquent à raison le droit d’être aussi des mères

       - l’évolution naturelle de l’exercice de la médecine par nos jeunes confrères qui refusent de travailler autant que les générations précédentes, ce qui était un véritable sacrifice que de nombreux médecins ont payé par de graves dépressions de surmenage, des divorces, des accidents cardio-vasculaires, voire des suicides…

      - s’ajoute au niveau national le faible attrait du quart nord-est qui s’exprime dans tous les sondages, même s’il est parfaitement discutable.

La spirale infernale est donc déjà bien engagée. Les élus locaux n’ont pas pris toute la mesure du problème ; il faut dire à leur décharge que les deux plus anciens médecins arcisiens avaient  proposé  l’association à de plus jeunes confrères volontaires et talentueux, ce qui laissait à penser que le problème ne se poserait pas avant longtemps ; il est temps d’ouvrir les yeux.

Comme je l’avais écrit au printemps dans un article que la presse locale avait considéré intéressant à publier, il y a une voie qui peut apporter une solution ; c’est celle d’une maison médicale engageant financièrement tous les acteurs locaux, élus et hauts fonctionnaires, ainsi que les acteurs régionaux et nationaux du système de santé.

Ce système, s’il est bien pensé et réalisé, peut apporter d’abord un service de soin de qualité aux populations de notre bassin de vie, délivré par un ensemble de professions de santé, au premier rang desquels les médecins généralistes, heureux de travailler dans de bonnes conditions.

Il faudra que dans cette maison, les médecins de tout âge et sexe puissent exercer selon des horaires variables en fonction de leurs possibilités et désirs, dans un grand local neuf de préférence respectant les normes de la Haute Qualité Environnementale, de plain-pied, avec tous les aménagements spécifiques aux besoins des professionnels et de la population. Ces médecins pourront habiter à Arcis, dans ses environs proches mais aussi dans l’agglomération troyenne s’ils le désirent. Tout cela à la condition formelle de répondre sans faille à l’exigence de la permanence des soins y compris les nuits, dimanches et jours ferriés.

Il faudra sans doute y ajouter des avantages fiscaux et financiers pour décider les indécis…Vous allez me répondre que les médecins sont déjà parmi les moins à plaindre de notre pays ; vous avez raison pour ce qui est de ma génération, mais cela se présente nettement moins bien pour nos successeurs et vous n’aurez « rien sans rien » !

Se pose alors la question du financement : l’état français n’en finit malheureusement pas de se sur-endetter et cherche à transférer le maximum de charges vers les collectivités locales. Les caisses d’assurance maladie voient leur déficit se creuser toujours plus et cherchent à transférer le maximum de charges vers les assurances complémentaires, alors que les patients sont de moins en moins remboursés…Si on y ajoute la trop prévisible remontée du chômage, la crise financière et j’en passe, il y a de quoi rendre dépressif un lobotomisé.

Alors ce n’est peut-être pas le meilleur moment de se lancer dans des projets financièrement hasardeux. Monsieur le Maire d’Arcis, Mesdames et Messieurs les Maires des communes avoisinantes, je respecte totalement votre légitime désir d’offrir à vos administrés un centre aquatique qui nous fait réellement défaut, en particulier pour promouvoir la natation dans les jeunes générations. Mais je suis malheureusement persuadé, à la lecture des nombreux témoignages que l’on peut trouver sur internet, que ce projet ne peut se concevoir que pour un bassin de vie trois à quatre fois supérieur au notre, et encore dans une région riche.

Vous savez comme moi que la richesse statistique de la région d’Arcis recouvre la grande disparité de hauts revenus et/ou patrimoines, en particulier du monde agricole que nous avons la chance d’avoir parmi nous, et beaucoup de faibles revenus, voire de misère, que nous, médecins côtoyons quotidiennement.

Offrons à nos concitoyens la chance d’être correctement soignés chez nous. Il n’y a aucun déshonneur à reconnaître que la situation n’évolue pas dans le sens qui apparaissait il y a encore peu de temps et qu’il vaut mieux renoncer à un beau projet pour assurer un besoin plus essentiel.

Travaillons ensemble à concevoir et réaliser un environnement plus sécurisant pour nos administrés et patients.

                                                    Docteur Christian LASVIGNE, médecin généraliste à Arcis sur Aube

                                                    Adjoint au Maire de Voué

                                                    Vice-Président du Mouvement Démocrate de l’Aube

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